Jean-Louis Borloo veut "changer d'échelle et de méthode".
Pour résoudre les problèmes de la France, il faut "changer d'échelle et de méthode", estime le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo qui entend "dire sa vérité" pendant la campagne présidentielle de 2007.
Le projet du prochain président de la République ne doit pas être "une succession de mesures", explique-t-il dans une interview à Reuters.
"Il faudra que le prochain ou la prochaine présidente ne se contente pas de faire bouger les leviers de l'Etat, voire des régions, mais de tous les acteurs de la société."
"Il faut arrêter de traiter les conséquences. Il y a quatre ou cinq sujets sur lesquels on a un retard majeur, anxiogène", ajoute-t-il. "Ma conviction absolue est que, sur ces chantiers, il faut changer radicalement d'échelle et de méthode."
Le co-président du Parti radical, parti associé à l'UMP, ne tient pas en place et arpente, tout en parlant, son vaste bureau du ministère de l'Emploi.
"Je travaille jusqu'à quatre heures du matin toutes les nuits. Je gratte, je gratte", dit-il en feuilletant un cahier grand format. "Ça, c'est le travail de cette nuit."
Il assure que les "trois ou quatre chantiers" sur lesquels il travaille seront "consensuels" mais en réserve la primeur au 107e congrès du Parti radical, qui se tient samedi à Paris.
Il consent cependant à donner quelques pistes.
"Il y a la chaîne de l'enfance au jeune adulte qui n'est pas préparé à affronter l'emploi", déclare cet avocat de formation de 55 ans. "C'est un programme global en soi et un programme transversal", de même que la question du pouvoir d'achat.
"On ne fera pas bouger fondamentalement les contrats de travail tant qu'on n'aura pas redonné confiance à tout le monde, gagné la bataille des ressources humaines et convaincu chacun qu'on change d'emploi et non qu'on perd son emploi."
"On a un problème de communauté de destin", ajoute Jean-Louis Borloo, qui cite les défis posés par l'émergence de la Chine et de l'Inde et "le grand sujet des ressources rares".
"J'AI MON PROPRE CALENDRIER"
Il affirme s'appuyer sur son expérience d'élu local à Valenciennes, dans une des régions économiquement les plus sinistrées de France, et sur le programme national de rénovation urbaine qu'il a lancé en 2003 - plus de 30 milliards d'euros d'investissements sur huit ans, près de 500 sites concernés.
"J'essaye d'élargir ce regard, cette méthode, à d'autres sujets", explique-t-il.
Le programme de l'UMP ? "Pour l'instant c'est un programme que je qualifierais de législatif. La présidentielle, c'est fondamentalement différent", estime-t-il.
Prié de dire s'il pourrait se présenter pour défendre lui-même ses idées, Jean-Louis Borloo élude la question.
"Ce n'est pas mon propos", dit-il. "S'il y a une fusée porteuse superbe, je mettrai ça sur cette fusée porteuse. Pour l'instant, je suis dans la réflexion approfondie."
Mais il esquive encore quand on lui demande s'il soutiendra Nicolas Sarkozy, qui fait aujourd'hui figure de candidat "naturel" de l'UMP : "C'est comme si je vous demandais si vous préférez que votre enfant qui vient de naître soit scientifique ou littéraire. Vous me répondrez que vous allez d'abord le faire grandir. J'en suis là."
Jean-Louis Borloo n'a pas participé au premier forum interrégional organisé par l'UMP samedi dernier à Paris, pas plus qu'il ne prendra part aux deux prochains. "J'ai mon propre calendrier depuis le début", explique-t-il.
Le deuxième forum de l'UMP se tient vendredi à Lyon, à la veille du congrès du Parti radical, auquel sont aussi conviés des représentants de la société civile et des membres de la majorité parlementaire actuelle venus d'autres horizons.
"Samedi, je veux commencer à faire partager à d'autres mes idées", déclare Jean-Louis Borloo, qui effectue un déplacement chaque vendredi. "Je vais cheminer comme ça jusqu'à fin février et on verra."